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04 Avril 2012
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Salons 2012
Solide au poste
Dans un univers où bien des regards se tournent vers l’Asie, grand producteur d’une industrie ultra concurrentielle, la profession du meuble a semble-t-il définitivement trouvé sa plateforme européenne incontournable en matière de salon. Celle-ci se nomme IMM et se tient à Cologne, au cœur d’un vieux continent qui fait mieux que résister malgré les difficultés et les nuages qui s’amoncellent sur son économie.

N’en déplaise aux grincheux, c’est une fois de plus l’Allemagne qui fait désormais office de référence, grâce notamment à un marché intérieur qui a retrouvé toute sa vigueur, dopé par une industrie nationale très performante, nous y reviendrons plus loin. Toujours est-il qu’une fois de plus la recette de nos voisins d’outre-Rhin s’avère être la bonne. Un tissu d’entreprises de tailles suffisantes pour répondre à la demande domestique tout en assurant un déploiement sur l’export, tant sur les marchés voisins, que sur les pays émergents, une offre de qualité tirée par le haut de gamme, telle est en gros la raison du succès rencontré par les produits made in Germany, quel que soit le secteur d’activité. Celui du meuble n’échappe évidemment pas à la règle, et le nombre de PME florissantes constitue un socle on ne peut plus solide pour un organisateur de salons. Ce socle national lui permet de bâtir une offre qui intéresse non seulement les acheteurs locaux, mais également ceux du monde entier, attirés par la dynamique et la qualité de la production de nos voisins outre Rhin. Cette typologie si caractéristique se retrouve dans tous les salons professionnels allemands. Elle constitue quoi qu’il en soit un avantage indéniable sur une concurrence guère nombreuse en Europe dans le domaine des salons dédiés à l’industrie du meuble, il faut bien l’avouer. Seul celui de Milan s’affiche comme une autre référence. Il le doit à son positionnement particulièrement design, qui fait se déplacer acheteurs et esthètes. Cette spécificité italienne lui permet de posséder une industrie nationale encore performante.
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Reste le troisième larron qui lui, agonise. Pour notre plus grand malheur, ce salon blessé à mort par des années d’incurie, et de conflits comme seul notre beau pays est capable de générer, laisse malgré tout un grand vide. On ne rejette pas impunément aux oubliettes 56 ans d’une histoire qui a connu de très belles heures. Triste fin pour un salon qui malgré tout laisse un grand vide. Force cependant est de reconnaître que si des erreurs mortelles d’appréciations, de stratégies ont été commises, que des intérêts personnels ont prévalu aux intérêts communs, ces impairs ne portent pas à eux seuls sur leurs épaules la responsabilité de ce naufrage. Le mal vient également d’un tissu industriel qui s’est réduit comme une peau de chagrin, faute d’une politique de marque, « faute » de l’hégémonie de la distribution qui plus qu’ailleurs en Europe s’est attribué le marché et a déterminé les tendances, réduisant les fabricants aux rôles de fournisseurs sous-traitants, à de rares exceptions près. Saluons pourtant les efforts remarquables de l’industrie de la literie, qui prouve que rien n’est jamais perdu, pour peu que l’on ait la volonté et que l’on s’en donne les moyens. Passons… Toujours est-il que dans ce contexte, les importations ont grimpé en flèche et la désindustrialisation, ce cancer qui ronge notre économie, en est la conséquence directe. Face à une distribution hégémonique, concentrée et qui plus est inventive, grâce surtout au géant suédois Ikea les acteurs de la profession ont vu fondre leurs rangs au fil des années, et s’il reste malgré tout de magnifiques fleurons, à l’exemple de Roset, véritable icône de l’industrie du canapé, ceux-ci ne sont plus suffisants pour constituer une ossature autour de laquelle pouvait se bâtir un salon, capable d’attirer les acheteurs de toute la planète, dans une économie mondialisée. L’échec du salon du meuble n’est que la conséquence du mal français, à savoir un outil industriel qui se réduit de jour en jour, à coups de fermetures et de délocalisations trop souvent dues à un coût du travail trop élevé. L’affaire en ces temps préélectoraux est entre les mains de nos candidats aux présidentielles. Gageons que l’heureux élu saura prendre les mesures adéquates si nous ne voulons pas à moyen terme connaître un sort encore plus funeste. Heureusement, tout n’est pas noir. Face au vide engendré par les malheurs de notre salon national, les salons régionaux, tels Nantes, Reims ou Avignon ont fait leur trou avec bonheur, et surtout un dynamisme qui suscite le respect. Enfin Bruxelles, qui connaît lui aussi un succès grandissant, rappelle au monde que la Francophonie n’est pas morte.
L’union fait la force
Voilà donc pour la situation européenne, où il apparaît très clairement qu’il n’existe plus que deux rendez-vous internationaux. Si le parti pris de l’offre milanaise, délibérément typée design, s’affiche clairement droit dans ses bottes transalpines, il n’en a pas été de même pour l’approche opérée par les organisateurs rhénans. Il faut dire que le marché spécifiquement meuble s’était concentré ces dernières années, conséquence d’une distribution agressive et surtout de « l’effet Ikea » qui a notamment capté cette notion de jeune habitat qui fait fureur aussi outre-Rhin. Toutefois, la concentration s’est avérée moins destructrice que chez nous, dans la mesure où de nombreuses grosses PME, ont permis d’amortir le choc de l’offensive asiatique et surtout chinoise. Mieux encore, ces entreprises ont fourni des efforts considérables en matière de recherche et développement afin de proposer une offre fondée sur la qualité, à défaut de pouvoir se battre sur les prix. Bonne pioche, puisque l’étendard « Made in Germany » a réussi à s’imposer dans une grande majorité des secteurs industriels et notamment ceux du meuble. Désormais, ce leitmotiv est devenu le gimmick à la mode, non seulement chez nos amis allemands, mais aussi dans le monde, constituant le meilleur des remparts contre l’invasion de produits à bas coûts. Tout ceci ne s’est cependant pas fait sans efforts considérables, notamment en termes de coûts salariaux et de partage de temps de travail. Ces efforts imposés aux travailleurs allemands ne l’ont pas été uniquement au nom de l’exportation à destination des pays émergents, mais également à l’intention du marché intérieur, qui n’a pas connu de baisse significative, à l’exception des années noires 2008/2009. Le consommateur allemand s’est retrouvé dans cette approche, et n’a guère cédé aux sirènes des produits low cost. Il achète allemand, non par nationalisme primaire, mais par pragmatisme, estimant qu’un investissement dans un produit fiable est bien plus rentable à long terme.
Tout ceci a été fort bien compris à Cologne, ou chaque organisateur de salon qui se respecte n’oublie pas de discuter longuement et de s’allier avec le syndicat de la profession. Ainsi les industriels nationaux, soutenus par leur salon et leur organisation professionnelle, n’ont jamais fait défaut même aux années les plus noires. Mieux encore, ils ont accepté en leur sein la présence de fabricants asiatiques en se disant que s’ils veulent exporter sur ces marchés colossaux, ils doivent accepter les échanges bilatéraux. Bingo, puisqu’aujourd’hui nos voisins sont devenus les champions de l’export et la présence d’exposants chinois à Cologne prouve qu’il n’est pas besoin de pousser des cris d’orfraie si son industrie est suffisamment forte pour opposer des arguments différents, mais autrement performants. Tel fut une des raisons pour lesquelles le salon IMM n’a pas souffert de la crise.
Deux pour le prix d’un…
Conscients qu’une offre simplement dédiée au meuble risquait à terme de trouver ses limites, l’équipe Koelnmesse s’est lancé un formidable pari, celui de transformer le concept à travers l’offre. C’est ainsi que le salon IMM se définit désormais comme le salon de l’aménagement de la maison dans le sens le plus large du terme, puisque tout ce qui se fabrique à destination de nos pièces à vivre est amené à y trouver sa place. L’opération changement de cap a commencé en 2011, de façon tout à fait spectaculaire, avec l’adjonction de deux halls entièrement dédiés à l’univers de la cuisine. De l’encastrable au mobilier, en passant par les composants, tous les grands noms ont répondu présents, assurant un succès fulgurant à Living Kitchen, nom de cette nouveauté. Le visitorat a bondi de 38 %. Il faut reconnaître toutefois que ce succès a été facilité par le fait que la majorité de l’industrie du secteur de la cuisine est allemande. Cependant, fallait-il faire venir ces entreprises, et là ne fut pas moins le moindre mérite des organisateurs, qui avec leur savoir-faire incomparable en la matière, ont en collaboration avec les organisations professionnelles, incité les exposants à jouer le jeu. Ceux-ci l’ont parfaitement joué avec des stands aussi superbes que gigantesques et ont massivement invité leurs clients. Bref, ce fut un coup de maître. Forts de ce premier succès sur des terres étrangères au meuble proprement dit, les organisateurs ont réitéré l’opération pour cette année 2012 en direction de la salle de bains, couplée à l’univers de l’éclairage, des revêtements de sols et muraux qui. Seulement, cette fois-ci, force est de constater que même lorsque l’on s’appelle Koelnmesse, on ne peut pas faire gagnant à tout coup. L’ensemble ne fut pas une réussite flagrante. Probablement parce que la cohabitation de ces univers ne coule pas de source. Ainsi seules quelques marques locales ont fait le déplacement, mais aussi célèbres soient-elles, Dornbracht ou Geberit, ne suffisent à combler l’absence des grands acteurs du métier, et notamment des Italiens, orfèvres en la matière. Si la politique d’ouverture a connu un grand succès l’an passé avec Living Kitchen, elle n’est pas sans risques, comme Living Interiors, tel est son nom, l’a démontré. Cependant, nous connaissons bien nous amis rhénans, pour savoir qu’ils remettront vite leur ouvrage sur le métier pour nous proposer une prochaine édition dans deux ans, puisque celle-ci sera biennale, en alternance avec Living Kitchen. Cette petite mésaventure n’a pas empêché toutefois le secteur du meuble proprement dit de connaître une édition tout à fait exceptionnelle puisque pas moins de 1 157 entreprises venues de 54 pays ont présenté les tendances de « l’agencement intérieur de l’année à venir » selon les termes du communiqué officiel qui démontre la volonté de se démarquer d’un salon du meuble classique. D’ailleurs Living Interiors et IMM y ont été présentés comme deux salons cohabitant sous le même toit, à l’instar de Living Kitchen, l’an passé. Quoi qu’il en soit, le rendez-vous de Cologne a attiré 115 000 visiteurs, ce qui correspond à une augmentation de 14 %, par rapport à l’édition 2010, où Living Kitchen n’existait qu’à l’état de projet. Ces chiffres comblent d’aise Gerald Böse, Président-directeur général de Koelnmesse GMBh : « Cologne est véritablement la grande plateforme d’affaires de l’industrie mondiale du meuble. La participation internationale a augmenté, notamment avec les Italiens qui n’avaient pas été présents si massivement depuis longtemps. Nous avons également noté une présence très importante d’acheteurs venus de toute l’Europe de l’est, de Russie, puis enregistré une progression du visitorat Nord-Americain et Asiatique. Ces résultats prouvent que nous figurons dans le peloton de tête mondial dans le secteur du meuble ».
Une offre très classique, malgré tout
Ce n’est pas les délires de designers qui ont fait le succès de l’édition 2012. Somme toute, l’offre reste très classique, sans toutefois négliger son époque. Ainsi, comme il fallait s’y attendre, l’afféterie, la surcharge ne sont plus de mise. Place désormais à la sobriété, aux matériaux naturels, à l’authenticité. Voici venu l’avènement des meubles en bois massif, matière noble s’il en est que l’on retrouve également sur les parquets. Le cuir, la laine ou le feutre laine tricoté recouvrent nos canapés. Bien évidemment à mesure que les villes connaissent une surpopulation effrénée, nos logements sont plus exigus. En conséquence, les meubles deviennent plus petits, et surtout multifonctionnels. Comme les pièces ne sont plus séparées, le mobilier se doit d’être transportable facilement d’un endroit à un autre, au gré de nos besoins et de nos envies. Les canapés s’arrondissent, les bureaux et secrétaires se miniaturisent, conséquence de la réduction de la taille et de l’encombrement du matériel multimédia. Quant au sacro-saint téléviseur, il ne trône plus au milieu du salon. Les écrans plats permettent de le dissimuler. Enfin l’avènement de l’éclairage à Led offre une myriade de possibilités en termes d’ambiance et de décoration, tout en devenant sobre en énergie. Le bois, le verre, la pierre, tous ces matériaux issus de la nature s’invitent en masse dans nos intérieurs accompagnés de couleurs chaleureuses, mais sobres, afin d’accentuer le côté cosy de nos intérieurs. Rien de révolutionnaire, rien de surprenant dans cette offre qui cependant provoque une sensation de bien être pour un intérieur où tout un chacun d’entre-nous souhaite y couler des jours heureux, loin du tumulte de notre monde bien agité en ces temps compliqués. Toutefois les amateurs de folies en tous genres n’ont pas été oubliés. Il leur suffisait de se rendre dans le hall, désormais bien connu nommé « pure village » dédié aux délires créatifs. Ils n’ont pas été déçus. En tout cas les organisateurs ont démontré qu’ils n’avaient de leçons à recevoir de personne en la matière. IMM, l’air de rien, est en pleine mutation. Les organisateurs ont compris qu’il fallait proposer à la profession une offre adaptée aux nouveaux consommateurs. Le meuble n’est plus un objet statutaire, il fait partie d’un environnement où s’invitent la décoration et la fonctionnalité dans un habitat qui évolue vers des surfaces qui se réduisent à mesure que la transhumance urbaine s’accélère. On ne parle plus aujourd’hui de meubler ses pièces à vivre, mais de les aménager. Aussi est-ce pour cela que les organisateurs mettent en place une stratégie de long terme, où l’aménagement intérieur deviendra la raison d’être de ce rendez-vous mondial.
Philippe Méchin
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