‹ 10 ans d’économie

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Jean-Michel Boussemart, Directeur de l’institut Rexecode.La décennie de tous les dangers

Qui eut imaginé que cette année 2011 qui s’achève nous aurait apporté une telle cascade d’événements tous plus graves les uns que les autres. Du printemps Arabe à la catastrophe de Fukushima, en passant par la faillite grecque, la décennie qui s’achève a livré son lot quasi quotidien de menaces pour l’équilibre du monde, et rien ne dit que nous ne connaîtrons pas de pires moments en 2012, avec cette crise de L’Eurozone. Il est pourtant possible de redresser la barre, mais il y a urgence.


Analyse Coe-Rexecode

 

Tel est en tout cas l’avis de Jean Michel Boussemart, Directeur de l’institut Rexecode qui sonde les reins et les cœurs de l’économie mondiale. « Nous sommes en effet retournés en récession, laquelle contamine tous les pays et touche au premier chef les banques affectées par la crise de la dette publique, ce qui les amène à durcir les conditions d’accès au crédit. Tout ceci s’opère malgré tout dans un monde où la croissance se poursuit, surtout dans les pays émergents avec cependant des différences sensibles entres l’Asie et l’Amérique Latine, voire au même au sein de l’Asie entre l’Inde et la Chine. Sans oublier les Etats-Unis qui montrent des signes de redressement. C’est donc surtout l’Union européenne qui est repartie à la baisse. On peut cependant espérer que l’environnement international qui reste favorable constitue une planche de salut qui l’empêche de se noyer. Toutefois, la question qui se pose est de savoir jusqu’où la crise financière peut aller dans cette zone Euro. Si elle n’arrivait pas à être jugulée, elle risquerait d’entraîner le reste du monde, même si ce n’est pas le scénario que je privilégie à ce jour. Mais, si d’aventure le problème de la dette publique ne trouvait pas de solution, il y aurait des risques de faillite des grandes banques européennes. Le monde rentrerait alors dans une profonde récession. Il ne faut en effet pas oublier qu’aujourd’hui, ce sont les banques européennes qui sont le plus impliquées dans le financement du commerce international en dollars. Or, elles se trouvent confrontées à des problèmes d’approvisionnement dans cette monnaie. Ainsi, de nombreux fonds américains perdant confiance dans la situation européenne se retirent. Par conséquent, les banques européennes réduisent la taille de leurs bilans. C’est ce que l’on appelle le Deliveraging. Ces procédures peuvent affecter sérieusement le commerce international. Plus grave, l’implosion de la zone euro engendrerait une crise encore bien plus dramatique que celle de 1929, avec toutes les conséquences économiques et sociales que cela impliquerait, et dont personne ne peut à ce jour estimer la portée. Cette crise dite de la dette nécessite donc une mobilisation générale. L’urgence est telle qu’il n’y a plus une minute à perdre. Le Vieux Continent est en danger et le pire c’est qu’il s’y est mis tout seul, en laissant filer ses déficits publics, en s’endettant au-delà du raisonnable, jusqu'à provoquer la quasi-faillite de nombre de ses Etats membres. Tout laisse à craindre que la liste des nations s’allonge au cours des semaines à venir, et non des moindres puisque la France, désormais dans le collimateur des agences de notation, qui va très certainement perdre son fameux triple A. Il aura suffi de la défaillance d’un pays membre, en l’occurrence la Grèce, adoubé au sein de la zone euro dans des conditions plus que douteuses, pour que le système soit précipité dans un engrenage infernal. Cette petite puissance économique dont le PIB ne dépasse pas 2,5 % du PIB de la zone euro, aura constitué le détonateur d’une onde de choc qui ébranle l’Europe, mais fait également trembler de façon plus ou moins forte d’autres régions de la planète, conséquence d’une économie mondialisée. Voilà pour le tableau peu glorieux d’une situation anxiogène qui peut dégénérer à tout moment, si les mesures les plus énergiques en matière de réduction des dettes souveraines ne sont pas prises avec la plus grande vigueur par les hommes aux commandes de nos institutions politiques et économiques. Il va falloir beaucoup de courage et beaucoup d’énergie. Cependant tout n’est pas perdu si tous les décideurs unissent leurs efforts afin de restaurer la compétitivité des économies défaillantes, seule solution pour sortir de ce bourbier ».


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A qui la faute ?

Comment en est-on arrivé là ? Jean-Michel Boussemart est très clair. Il identifie deux raisons fondamentales qui s’inscrivent dans cette décennie terrible qui marquera à jamais l’histoire du monde « la première raison essentielle, tient à l’arrivée il y dix ans de la Chine dans l’OMC, qui est venue perturber l’économie mondiale sans que personne, au départ, ne s’en rende véritablement compte. C’est environ à partir de 2004 que l’excédent commercial chinois est monté en puissance pour atteindre des sommets astronomiques, gonflant des réserves de change considérables. Cette envolée des exportations chinoises s’est faite au détriment de la production manufacturière des pays développés, et donc évidemment de l’Europe. Tout ceci a eu des conséquences sur l’emploi manufacturier entraînant des délocalisations massives. Plus grave, cette ascension de la Chine a entraîné une augmentation des matières premières, afin de faire fonctionner son expansion industrielle. Non seulement les Etats-Unis et l’Europe voyaient la Chine leur souffler leur activité, mais ils ont dû payer leurs matières premières de plus en plus cher ! Dans un premier temps, les pays industrialisés n’ont pas été clairvoyants, mais en plus ils ont compensé leurs difficultés par l’endettement qui constitue la deuxième raison majeure qui aujourd’hui nous conduits dans cette impasse. Les pertes de revenus engendrés par cette redistribution des cartes, la montée du chômage a poussé tout d’abord les Etats-Unis, à laisser les ménages s’endetter un peu plus. Ce sont les fameux subprimes aux Etats-Unis, qui permettaient aux ménages de continuer de consommer plus que leurs revenus leur permettaient, grâce à la valeur théorique de leur maison. Jusqu’à la chute du système en 2008, avec cette terrible crise dite des subprimes qui va entraîner le monde dans la récession. Dix ans c’est aussi l’avènement de l’Euro, et ses promoteurs auraient dû prévenir la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande qu’il n’était pas possible de continuer ainsi et laisser filer ainsi leurs dettes souveraines. Sans oublier une inflation qui, si elle n’a pas été spectaculaire, a provoqué des écarts importants avec le temps. C’est ainsi que l’Allemagne qui a contrôlé la sienne, s’est retrouvée avec des produits réputés chers il y a dix ans, compétitifs aujourd’hui. Tout ceci a provoqué au sein de la zone Euro des écarts de richesse tellement importants qu’ils ont mis en péril sa pérennité. Un phénomène aggravé par les emprunts contractés par les Etats imprévoyants auprès des banques dont les taux ne cessent d’augmenter, rendant l’endettement insupportable. C’est la Grèce qui a allumé la mèche en présentant des comptes faux, et se révélant incapable de rembourser le moindre centime. Les banques détentrices de titres grecs ont pris peur, et ont tout fait pour se débarrasser de ces obligations pourries. La méfiance de ces mêmes banques s’est installée. Elles ont regardé de plus près la situation des autres obligations qu’elles détenaient, et se sont aperçues qu’elles possédaient de véritables bombes à retardement. Résultat, les états endettés, sanctionnés en plus par les agences de notation, ne peuvent plus emprunter à des taux raisonnables. Ils aggravent tous les jours leur situation et par voie de conséquence mettent en péril, la totalité de la zone Euro. C’est le cas de la Grèce, aujourd’hui. Mais qu’en sera-t-il de l’Italie, lourdement endettée qui emprunte aujourd’hui à 7 % ? Et l’Espagne ? Et le Portugal ? Tout ceci constitue une bombe à retardement qui peut exploser à tout moment avec les conséquences dramatiques que cela engendrerait. Et rien ne dit que cela ne pourrait pas arriver lorsque l’on voit les divergences de vue au sein de la maison Euro ».


 

 

 

 

 

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Finances publiques françaises en surchauffe

C’est un fait quasiment acquis, La France va perdre son triple A ce qui va engendrer une augmentation de son taux d’emprunt, alors qu’elle est largement endettée. Cette perte de « bon point » n’est pas rédhibitoire pour Jean-Michel Bousse­mart. « Si nous voulons sortir de cette ornière, il nous faut impérativement rétablir notre compétitivité, laquelle a été au cours de cette décennie passée, fortement ébranlée par l’augmentation des coûts de main-d’œuvre, liés notamment au passage aux 35 heures. Il faut le dire et le redire. Ceci explique en partie le fossé qui s’est creusé avec l’économie allemande. L’autre handicap majeur de notre pays consiste dans son incapacité chronique à freiner ses dépenses publiques, tout en augmentant les prélèvements obligatoires, qui induisent un frein à la consommation des ménages qui aurait dû générer activité industrielle favorable à l’embauche. Une fois encore c’est avec nos voisins d’outre-Rhin qu’il faut établir des comparaisons.Ces derniers ont réduit leur déficit public à tel point qu’il n’est plus que de 1,5 % du PIB en 2011, ce qui a engendré une employabilité record et le taux de chômage le plus bas depuis 30 ans. Nous vivons au-dessus de nos moyens depuis 35 ans, ce n’est plus tenable. Notre situation n’est cependant pas si dramatique. Nous avons un excès de dépenses domestiques, entreprises, ménages, administration de l’ordre de 3 % par rapport à notre offre compétitive. Nous pouvons donc rétablir nos équilibres budgétaires en réduisant simplement les finances publiques, dépenses de l’état, dépenses de sécurité sociale et des collectivités locales. C’est vers ces dernières qu’il faut porter le fer, car elles ont littéralement explosé. Il est donc impératif de baisser les dépenses, au lieu d’augmenter les recettes, comme c’est le cas depuis l’été dernier, mais il est surtout absolument impératif de rendre la compétitivité aux entreprises, via un détricotage des 35 heures, un allègement des charges annexes aux salaires pour les entreprises, et les reporter sur la CSG ou un impôt indirect sur la TVA, comme une fois de plus les Allemands l’ont fait. Un choc positif sur le coût de la main-d’œuvre pour les entreprises est absolument nécessaire. Cela doit passer par une vraie pédagogie à l’attention des Français. Ceci fera peut-être décoller le concept du « produire Français », ce qui ne veut pas dire simplement qu’il faut fabriquer notre production industrielle dans l’hexagone, mais également d’accueillir chez nous les entreprises étrangères. Quant à l’export, notre autre point faible, il est indispensable que les PME qui souhaitent aborder ces marchés soient mieux accompagnées (chambres de commerce, missions d’achat). Les vrais relais de croissance se trouvent à l’export. Toutefois, pour s’imposer sur ces marchés, il faut de la constance. Pour résumer c’est à travers l’industrie que passe la solution à tous nos maux et pas ailleurs. Tout n’est pas totalement noir dans notre paysage économique. J’ajoute que la baisse de l’Euro, si elle se confirme, reste une excellente nouvelle. Cette monnaie était largement surévaluée. Bien sûr il existe des impondérables comme des situations géostratégiques qui peuvent évoluer à tout moment, mais ce n’est pas nouveau. Toutefois, les catastrophes naturelles peuvent avoir des conséquences énormes. Celle de Fukushima a remis en cause la place du nucléaire. Le Japon l’a quasiment abandonné. L’Allemagne va le faire, et nombre de voix s’élèvent en France pour suivre l’exemple germanique. Nos voisins d’outre-Rhin ont des excédents budgétaires qui vont leur permettre d’acquérir des énergies de substitution. Pas nous. Il faut donc avoir les moyens de ses ambitions. Pour conclure, je dirais que nous disposons d’atouts pour redresser la situation sur le plan industriel si nous avons bien compris les enjeux qui nous attendent. Reste l’inconnue de la zone Euro, dont l’implosion nous réduirait au rang de nain dans la grande compétition économique mondiale, sans compter les conséquences sociales. Les jours à venir seront cruciaux à cet effet. »

Philippe Mechin